Restaurer l’intime

Mémoires n°75
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DOSSIER

Restaurer l’intime

p.2 • Edito : Trou noir, par Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

p.5 • Des viols de guerre à la violence sexuelle comme terreur, par Jacky Roptin, psychologue clinicien, psychanalyste au Centre Primo Levi

p.8 • Le corps déposé, Entretien avec Agnès Afnaïm, Jonas Bessan, médecins généralistes et Omar Guerrero, psychologue, psychanalyste

p.11 • L’écoute agissante, premier pas vers l’impunité zéro, par Nicolas Blies et Stéphane Hueber-Blies, réalisateurs

p.12 • Faut-il parler des violences sexuelles dans la demande d’asile ?, par Aurélia Malhou, juriste du Centre Primo Levi

p.14 • La violence sexuelle n’a pas de genre, Entretien avec Céline Bardet

p.16 • Libérer le mouvement pour accompagner la parole, Entretien avec Bolewa Sabourin

 

ENFANTS & FAMILLES

p.18 • Le corps et les mots exilés de l’enfance, par Armando Cote, psychologue clinicien, psychanalyste au Centre Primo Levi

 

REGARDS

p.20 • Prise en charge des violences sexuelles et de leurs effets, par Mathilde Delespine, sage-femme à la Maison des femmes

 

E(N)CART SOCIAL

p.22 • Le Narrateur, la Meute et le Choeur, par Elise Plessis, assistante sociale au Centre Primo Levi

 

Edito : Trou noir

 

Soudain c’est la guerre, soudain la barbarie pénètre par effraction dans la chair d’un être humain.

 

Dans la chair d’une femme, d’un homme, d’un enfant.

 

Des barbares assoiffés de puissance, des brutes assoiffées de jouissance, à qui l’on a dit qu’il était de bonne guerre de s’en prendre à l’intimité des autres.

 

Qu’il était de bonne guerre de les punir par là où tout a commencé.

 

Ils ne savent pas qu’il n’y a pas de bonne guerre, d’ailleurs ils ne savent rien.

 

Petit homme archaïque bandé comme un arc de bas instincts transperce l’histoire ordinaire d’un corps qui n’a commis pour seul crime que de vivre du mauvais côté de la rivière.

 

Petit homme sec de toute humanité voudrait tarir la source de la vie.

 

Il veut « tuer le désir » comme l’écrit Jacky Roptin.

 

Le viol c’est l’anti-matière du désir.

 

Agnès Afnaïm raconte qu’une de ses patientes victime de viol montre son ventre et dit : «Il n’y a plus rien à cet endroit-là, c’est un trou. »

 

Le viol fait un trou béant dans le corps et l’esprit, c’est un trou noir.

 

Voilà ce que font les viols, voilà ce que fait la guerre : des trous, dans la terre, dans l’histoire, dans les corps, dans les mémoires, dans les maisons, dans les familles, dans la civilisation.

 

Des trous qui sont autant de tombes.

 

Des trous dans la parole aussi.

 

Ce numéro de Mémoires raconte la difficulté pour les victimes de viol de parler du vide, de l’inerte, de la négation même de leur vitalité.

 

C’est une souffrance immense qui affleure au fil des pages, c’est un élan aussi, tout entier contenu dans cette question que pose une de nos patientes : « Est-ce que je pourrai donner la vie ? ».

 

Après la guerre, après la violence, après les viols, en se souciant de pouvoir donner la vie, cette femme donne à nos combats leur raison d’être.

 

 

Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

 

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