Les mal-nommés

Mémoires n°66
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DOSSIER

Les mal-nommés

p.5 • De l’accueil au contrôle : catégoriser pour nommer, interview de Catherine Withol de Wenden, directrice de recherche au CNRS (CERI-Sciences-Po) et co-commissaire de l’exposition « Frontières »

p.8 • Une affaire de rhétorique, par Omar Guerrero, psychologue clinicien et psychanalyste au Centre de soins Primo Levi

p.11 • Médias : le poids des mots, interview de Natalie Nougayrède, éditorialiste pour le quotidien britannique « The Guardian »

p.14 • Passer de migrant à résident pour poser ses valises, par l’équipe du CADA Nord-77

p.16 • Une éthique du soin, balise à la rencontre, par Dominique Coulot, médecin psychiatre, Centre de Santé Essor, Forum réfugiés Cosi

p.18 • L’étranger compartimenté par la loi : à chaque catégorie, son droit ou sans droit, par Aurélia Malhou, juriste au Centre de soins Primo Levi

ENFANTS & FAMILLES

p.20 • Aylan ou le silence du désir, par Jacky Roptin, psychologue clinicien et psychanalyste au centre de soins Primo Levi

REGARDS

p.23 • 3 questions à Restart, centre de soins au Liban, interview de Sana Hamzeh, superviseur clinique à Restart

Introduction :

Demandeurs d’asile, réfugiés, victimes, déboutés, malades, patients, résidents, familles, mineurs, étrangers, primo arrivants, migrants… Tout au long de leur parcours, depuis la fuite de leur pays jusqu’à l’obtention ou le rejet de leur demande d’asile, les personnes venant chercher refuge en France se voient qualifiées de noms différents.

Si ces différentes nominations permettaient un traitement équitable, égalitaire et respectueux des personnes, nous n’en viendrions pas à nous questionner sur les conséquences de ces différents signifiants.

Ce questionnement s’impose pourtant car actuellement, ces catégories administratives n’offrent pas les mêmes droits, le même traitement, que ce soit au niveau juridique, social ou encore médical. Etre « demandeur d’asile » permet de bénéficier d’une place en Centre d’Accueil pour Demandeur d’Asile, mais pas de travailler, contrairement au statut de réfugié. Etre reconnu mineur isolé étranger entraîne une prise en charge par l’Aide Sociale à l’enfance. Une personne déboutée du droit d’asile, quant à elle, devient « hors-circuit », et n’entre dans aucun dispositif public.

Mais ces noms vont au-delà des droits. Ils jouent aussi un rôle sur la perception que nous avons des personnes exilées. L’opinion publique, les médias, les pouvoirs politiques participent entre autres à cette représentation que nous nous en faisons. Quel discours favorise-t-on lorsqu’on choisit «victime » plutôt que « personne » ? Ou « clandestin » plutôt qu’ « exilé » ? Quelle image transmettons-nous lorsqu’on choisit de diffuser la photo d’une femme ou d’un enfant pour les représenter plutôt qu’un groupe d’hommes ? Ces symboles ne sont par ailleurs pas constants au fil des années. Si auparavant nous accolions au mot réfugié le signifiant « résistant de la dictature », la montée de l’extrême droite, la précarité généralisée ou encore la fin de l’accueil de travailleurs immigrés ont favorisé une image « d’étrangers », de « profiteurs du système social », voire de « terroristes ». Pourtant, ce sont toujours des personnes fuyant des conflits armés ou de violences extrêmes. La seule possibilité de nos jours pour favoriser un accueil digne, semble être de les représenter comme « vulnérables ».

Alors nous avons souhaité consacrer ce numéro de Mémoires aux différents signifiants que l’on associe aux personnes réfugiées pour savoir si le regard que nous leur portons change notre manière de les accueillir, de les soigner, de les accompagner dans leurs démarches.

Il est nécessaire de veiller à utiliser un vocabulaire adéquat pour ne pas participer à cette dis-qualification des personnes victimes de la torture et de la violence politique. Pour reprendre Serge Portelli lors du colloque 2011 du Centre Primo Levi, « Langage et Violence » : « Il faut (…) imaginer derrière chaque mot, la dignité d’un individu. Le respect des mots est la condition du respect des hommes ».

   

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