Les effets de l’exil

Mémoires n°72
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COUV_M72

DOSSIER

Les effets de l’exil

p.2 • Edito : E/X/IL, par Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

p.5 • Le secret de nulle part, par Alexis Nuselovici (Nouss), Professeur de littérature comparée, Université Aix-Marseille ; Chaire “Exil et migrations”, Collège d’études mondiales (FMSH, Paris)

p.8 • Du déracinement au des-enchantement(s), Jacky Roptin, psychologue clinicien, psychanalyste au centre de soins Primo Levi

p.10 • A corps perdu, par Agnès Afnaïm, médecin généraliste, Marie Daniès, rédactrice en chef, Pamela Mayot Der Antonian, Beatrice Patsalides Hofmann, psychologue clinicienne et Eric Sandlarz, psychologue clinicien

p.12 • Restaurer le lien rompu par l’exil, Interview de Sophie Iacono, éducatrice spécialisée au Kiosque

p.14 • De réfugié à cuisinier, Interview du Refugee Food Festival

p.15 • Adolescence et rupture de liens, Interview de l’Asmie

 

ENFANTS & FAMILLES

p.16 • Vie d’enfant : des places que l’exil déplace, par Omar Guerrero, psychologue clinicien et psychanalyste au centre de soins Primo Levi

 

REGARDS

p.18 • De l’exil à l’ancrage linguistique, par Marie Demestre, professeur à l’école THOT

 

E(N)CART SOCIAL

p.19 • Le bruit et le feu, par Elise Plessis, assistante sociale au centre de soins Primo Levi

 

Edito : E/X/IL

 
Exil.
Le mot arrive à la frontière entre la réalité et l’imaginaire.
Il a au cœur une lumière.
Il a un parfum entêtant.
Il sonne comme l’eau qui s’écoule entre les pierres.
Il faut le suivre à la lettre.
E comme espoir, au départ.
A l’arrivée une île, une île rêvée, île aux trésors ; à l’arrivée Lesbos, Ellis Island, Lampedusa.
Entre les deux, il y a le X.
X comme le mystère des origines.
X comme une étoile à suivre.
X comme la croisée des chemins.
X comme une barricade sur un poste-frontière.
X comme la pornographie de Calais
Calais qui vient inoculer dans notre époque un poison d’obscurité, Calais la primitive, Calais qui nous entraîne des siècles en arrière, nous souille de sa boue, comme nous souille l’indignité de ces campements infâmes où tous les exilés du monde sont parqués comme des bêtes ; campements que nos gouvernants continuent, tranquillement, costume cintré, chaussures cirées, à justifier par des impératifs et des nécessités.
 
L’opinion ne comprendrait pas…
 
Pourtant, l’exil est un enjeu existentiel de notre époque et il s’agit au contraire d’éclairer les citoyens.
L’exil c’est le courage comme réponse au malheur, c’est sauver sa peau, c’est accepter de tout perdre pour reconstruire, c’est prendre tous les risques.
L’exil est une part du sang qui coule dans nos veines.
L’exil est un fleuve qui irrigue nos cultures.
L’exil est un élixir de jouvence.
 
Des responsables politiques dignes de ce nom cesseraient de construire des barrages de papiers, comme des enfants dans un ruisseau, et diraient qu’il faut rendre nos sociétés plus accueillantes pour les mettre en harmonie avec le mouvement perpétuel de l’exil.

Pour cela il faut apprendre à se reconnaître, humain, dans l’exil, apprendre à s’aimer en exilé.
L’exil fait le lien entre ici et ailleurs, entre « Je suis » et « Je serai », entre « Je fuis » et « Je ferai » entre la résignation et l’espoir, entre la guerre et la paix.
L’exil c’est nous.

 

Antoine Ricard, Président du Centre Primo Levi

 

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