La pudeur en question

Mémoires n°65
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DOSSIER

La pudeur en question

p.5 • La pudeur, un dire sans dire, par Jacky Roptin, Psychologue clinicien et psychanalyste au centre de soins Primo Levi

p.8 • La honte d’avoir tant souffert, interview de Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste victime de torture en Argentine, par Bastien Cany

p.10 • L’hébergement des familles sans logement : le règne de la promiscuité ?, par Emmanuelle Guyavarch, démographe et Erwan Le Méner

p.12 • Aux frontières de l’intime, interview de Catherine Delanoë-Daoud et Béatrice de Vareilles-Sommières, avocates

p.14 • Quand la pudeur permet l’altérité, extraits de l’interview de Delphine Horvilleur, femme rabbin, par Omar Guerrero

ENFANTS & FAMILLES

p.16 • L’intime blessé et les voiles de la pudeur, par Armando Cote, Psychologue clinicien et psychanalyste au centre de soins Primo Levi, responsable de l’espace Enfants et Adolescents

REGARDS

p.18 • Raconter avec pudeur l’histoire de la Shoah aux enfants, par Galith Touati, historienne, directrice des projets de l’association Yad Layeled France – L’enfant et la Shoah

Introduction :

Le Centre Primo Levi prépare actuellement deux journées d’étude et deux publications – dont ce numéro de Mémoires – sur le thème de la pudeur.

Qu’est-ce qui a mené à ce choix ?

La pudeur : un concept ? Pas sûr. Un mot, des mots différents qui ne se traduisent pas exactement d’une langue à l’autre. Disons, un mot qui court tout au long de l’histoire des mœurs, de la pensée, de la littérature, de la philosophie.

Vertu ou émotion, discutait d’entrée le philosophe grec Aristote.

Digue, propose Freud, protégeant le sujet des assauts des pulsions.

La pudeur, héritée de la tradition, valeur transmise dès l’enfance par la famille et la culture.

Ou bien, mais aussi, et, construction à refaire pour chacun.

La pudeur, terme équivoque, bi-face, montre aussi un visage grimaçant de répression, d’enfermement, de censure, d’interdit de paroles, quand, visant les femmes, au nom de l’une ou l’autre religion, au nom d’une tradition, elle leur interdit de se mouvoir, de parler, de regarder, de se montrer et donc d’apprendre, de lire, de regarder le monde, de réfléchir. Prise de possession du corps des femmes, de leur cerveau, de leurs désirs. Destruction de vie.

La pudeur serait donc et force de vie, et menace de mort. Tel le dieu Janus, aux deux visages.

Sourire de la vie se créant elle-même dans le retrait nécessaire et souhaité. Léger voile qui permet à l’enfant de se soustraire aux regards de trop, de taire ses secrets, ses désirs interdits car l’enfant rêve, fantasme le sexe et la cruauté, en silence, en cachette.

Secret menacé par la violence politique, à tout âge, violence qui arrache ce voile propre à chacun et chacune. Le voile léger qu’il faut pour penser, oublier, se souvenir, haïr, aimer et agir dans le monde.

Violence sur le corps. Violence sur la parole. Quand on dénude, quand on impose de tout dire, toute la vérité sans retrait. Dans les deux cas, c’est le pouvoir qui lui se tait, se cache, et veut voir, toucher, posséder, savoir, tout savoir.

Ne pas tout regarder. Ne pas tout dire. Les médecins, travailleurs sociaux, psychothérapeutes en conviennent dans leur travail en commun, leurs réunions et les comptes-rendus qu’ils rédigent tout comme les témoins et ceux qui transmettent, aux enfants et adultes, l’histoire, l’histoire des génocides, des massacres de masse.
Transmettre, faire connaître sont deux tâches qui imposent à ceux qui en font métier, ou action engagée, une réflexion sur le style de la parole et de l’écriture, tant, à parler de violence, on se retrouve sur les terrains où rode l’obscène.

Cette violence-là, les personnes qui s’adressent au Centre Primo Levi et qui y sont reçues par différents professionnels, l’ont connue, la connaissent encore. Ce sont ces personnes, demandeurs d’aide et patients des médecins et psychologues psychanalystes, qui nous ont amenés à faire ce travail, à entreprendre cette exploration de la notion de pudeur et de ses multiples facettes. Qu’ils en soient ici remerciés.

Claire Christien- Prouet

 

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