Soigner les femmes victimes de violence

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Les femmes et les filles représentent 48% de tous les migrants internationaux. En France leur nombre dépasse celui des hommes depuis 2008, représentant 51,5% du total en 2020. Même si le Centre Primo Levi suit en majorité des hommes seuls, le nombre de patientes accompagnées par le centre de soins au cours des dix dernières années demeure significatif (entre 44 et 50% de notre file active), tout comme le nombre de violences propres aux femmes signalées. En 2021, les femmes et jeunes filles ont représenté 45% des personnes accompagnées. Elles contactent ou sont orientées vers le Centre Primo Levi à la suite de violences vécues dans leur pays d’origine ou sur le chemin de l’exil, de traumatismes de guerre ou d’emprisonnements. Cependant, elles consultent également souvent les médecins du Centre en raison de violences liées à leur condition de femmes comme les mutilations génitales, les viols et violences sexuelles ou traumatismes physiques et psychologiques qui y sont liés, nécessitant alors un suivi particulier à la fois psychothérapeutique, médical et social.

 

Mettre des mots sur les maux



Parler, l'importance du soutien psychologique

La difficulté du dire est présente chez chacun de nos patients. Mais pour les femmes, et surtout pour les plus jeunes d’entre elles, parler des sévices subis est presque impossible et ce par peur du rejet de la part d’autrui ou encore d’un renforcement de la stigmatisation dont elles pâtissent déjà. Ainsi, une prise en charge psychologique est nécessaire à plusieurs niveaux et en premier lieu afin de créer un espace où elles sont entendues, écoutées, où leur parole trouve une place. Cette rencontre psychologique, lors de laquelle s’instaure une certaine relation de confiance, symbolise un premier pas vers la reconstruction de l’estime de soi des patientes. Libérer la parole peut leur donner la force de prendre en main leur santé, d’améliorer leur qualité de vie relationnelle en élaborant progressivement les traumatismes vécus.



Ne pas dire, le respect de la pudeur

Les médecins du Centre Primo Levi notent que la question des violences sexuelles est fortement présente chez les femmes suivies. Soit en étant communiquée directement par les patientes concernées, soit par l’interlocuteur qui les a orientées vers le centre de soins. Quand les violences sexistes et sexuelles ne sont pas explicitement évoquées, elles restent fréquemment présentes en filigrane des échanges, presque sous-entendues. Les nommer n’est pas nécessaire dans le rapport aux médecins qui vont ausculter le corps, les remarquer pendant la consultation, les inférer sans insister et simplement les prendre en compte dans le soin en respectant la pudeur de chacune. Certains symptômes récurrents mettent nos médecins sur la piste de sévices vécus : une pathologie de la sphère génito-urinaire, des maux de têtes constants ou encore des douleurs dorsales importantes, surtout dans le bas du dos.

 

Soigner



Le toucher et la réappropriation du corps
L’accompagnement, le suivi et le soin de ces patientes au corps abîmé passent inévitablement par une réappropriation de ce corps qui, un temps, ne leur appartenait plus, et que, parfois, elles n’osaient même plus regarder de peur de faire ressurgir des séquences traumatiques de leur existence. Dans cette reprise de contact avec leur corps meurtri, cet effort pour apprendre à l’aimer à nouveau, le toucher possède une place primordiale, et ce en partie grâce à la kinésithérapie exercée dans notre centre de soins. En effet, un mécanisme cérébral de protection a assimilé le toucher à une peur voire une souffrance chez les femmes concernées. Le travail des médecins et du kinésithérapeute tend à associer toucher et bienveillance à nouveau dans la manipulation afin de dépasser ces réflexes de défense et leur permettre de se réapproprier leur corps.

La bienveillance dans le soin et le transfert d’information aux médecins
La bienveillance dans le soin est le maître mot de nos médecins lors des consultations mais également dans la transmission du soin, dans la recherche de spécialistes (gynécologues, psychologues en dehors du Centre Primo Levi si besoin d’une continuité du soin dans un autre établissement) pouvant assurer le suivi. L’enjeu est de transmettre l’information des violences à un professionnel prêt à recevoir et à écouter, tout en préservant la pudeur des femmes concernées.