Les femmes face à la violence politique

Une femme sur cinq affectée par un conflit armé est victime de violences sexuelles. La journée du 8 mars est l’occasion de rappeler que les femmes, comme l’illustre ce chiffre, sont les premières victimes de la violence politique, et de mettre en lumière la particulière difficulté à laquelle elles sont confrontées pour élever leur voix et revendiquer leurs droits sur la scène publique.

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La violence politique est une violence protéiforme : elle peut être de nature physique, sexuelle, verbale, psychologique, ou encore économique. Elle peut être directe comme insidieuse, le fait de personnes agissant à titre officiel ou la conséquence d’un Etat faible et peu protecteur.


Si l’on s’attache au contexte général, la majeure partie des femmes dans le monde vit dans un environnement encore largement patriarcal, fondé sur l’inégalité des sexes et la domination masculine. Ce principe inégalitaire ouvre la voie à des exactions qui les visent tout particulièrement. Certaines trouvent la force et le courage de dénoncer ces exactions pour y mettre un terme, et pour cette raison-même, sont réduites au silence et sont à nouveau la cible d’actes de violence. La boucle est donc bouclée et la violence politique est à l’essence de ce cercle vicieux.

 

Les violences politiques : dans quels contextes ?


Souvent et quel que soit le contexte, la violence s’exerce à l’encontre des femmes du fait même de leur identité de femmes. La Déclaration de Beijing, datant de 1995, offre un certain éclairage sur ce concept de violence fondée sur le genre :


« La violence à l’égard des femmes traduit des rapports de force historiques qui ont abouti à la domination des femmes par les hommes et à la discrimination et freiné la promotion des femmes.

La violence à l’égard des femmes de tous âges découle essentiellement de comportements culturels, en particulier des effets néfastes de certaines coutumes et pratiques traditionnelles et de comportements extrémistes fondés sur la race, le sexe, la langue ou la religion, qui perpétuent le statut inférieur réservé aux femmes dans la famille, sur le lieu de travail et au sein de la communauté et de la société. »[1]


Les femmes, cibles et armes de guerre


Dans un contexte de conflit armé, dans lequel les rapports de force mentionnés plus haut sont exacerbés, la femme est la cible particulière d’actes, souvent d’une extrême violence, qui peuvent émaner de groupes armés relevant de l’Etat comme de forces rebelles. La femme n’est alors qu’un objet militaire parmi d’autres, déshumanisée. Bien que civile ne participant pas aux hostilités, elle se retrouve au cœur de la guerre, comme dans certains pays africains où les viols sont permis et les femmes « offertes » aux militaires en guise de rémunération ou de contrepartie à leur service.


La violence fondée sur le genre augmente systématiquement dans les situations de conflit. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires estime qu’en 2015, une femme sur cinq affectée par un conflit armé est victime de violences sexuelles[2]. La raison en est simple : atteindre et souiller leur corps, c’est les toucher dans leur plus grande intimité, et c’est aussi atteindre le cœur même de la communauté ciblée.


Dans ce domaine, l’imagination des hommes ne trouve tragiquement pas de limites : trafic sexuel, agressions sexuelles, viols, enlèvements, esclavage sexuel, viols de masse, grossesses forcées, incestes forcés, mutilations génitales et autres traitements inhumains et dégradants sont pratiqués dans un très grand nombre de pays à travers le monde.



Ces violences restent-elles impunies ?


Reste à savoir quelle justice est rendue aux victimes et quelle réparation leur est permise.


Malgré les enquêtes et les multiples procès menés par des tribunaux internationaux, les violences de nature sexuelle opérées dans un contexte de guerre sont souvent restées impunies. A titre d’exemple, Jean-Pierre Bemba, ancien chef de guerre en RDC, a récemment été acquitté par la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale, et ce après une condamnation en première instance pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, entre autres viols.


Malgré cet échec judiciaire, il ne faut pas négliger la portée qu’un procès permet d’avoir sur la question des violences sexuelles[3]. Un procès international offre une audience publique non négligeable et permet donc, au-delà de la sanction d’un auteur, de rendre la violence de genre plus visible.


C’est la normalisation de ce type de violence qui la rend pérenne, c’est pourquoi cette visibilité publique est particulièrement cruciale pour mettre fin à l’impunité et aux violences elles-mêmes.



Une violence systémique


« Les femmes peuvent être exposées à des formes de violence de la part de personnes qui détiennent l’autorité, en situation de conflit ou non.  Si tous les agents de l’État auxquels les femmes devraient pouvoir faire confiance, notamment les agents de police, les fonctionnaires des administrations pénitentiaires et les agents des forces de sécurité avaient une formation dans le domaine du droit humanitaire et des droits de l’homme et si les auteurs de violences à l’égard des femmes étaient punis, celles-ci subiraient moins de violences de la part d’agents de l’État. »[4]


La violence politique ne s’exerce pas uniquement en zone et en temps de guerre. Elle peut être systémique, incorporée à la norme sociale – et parfois même figée dans la loi. Elle s’exprime par des pratiques telles que l’excision, le mariage forcé ou des lois liberticides fondées sur la discrimination des femmes.


Ces pratiques, qui plus est, sont incorporées à des contextes politiques ultra-répressifs qui restreignent de façon drastique la capacité des femmes à faire valoir leurs droits et leur place au sein de la société.


Shah Bibi, directrice du département des Affaires féminines en Afghanistan, est l’une de ces nombreuses activistes qui œuvrent sans relâche, malgré les menaces de mort quotidiennes, pour renforcer les droits les plus fondamentaux des femmes et pour que justice leur soit rendue[5].


D’autres, comme Khatera, investissent l’espace médiatique pour faire entendre les revendications politiques des femmes.  Violée et battue par son père depuis son plus jeune âge, cette jeune Afghane a décidé de porter son affaire au tribunal – elle est donc la première femme à amener la question de l’inceste jusqu’à la cour. Khatera s’est refusée au statut de victime du système patriarcal et a choisi de dénoncer le système judiciaire corrompu, au risque d’être menacée par le régime.[6]


En cette journée internationale de la femme, nous souhaitons saluer toutes les initiatives qui contribuent à ce que les femmes sortent du cercle vicieux de la discrimination et de la violence politique et puissent défendre leurs droits les plus fondamentaux sans craindre pour leur vie.


[1] § 118, Déclaration et Programme d’action de Beijing, adoptée le 15 septembre 1995 à l’occasion de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes.
[2] World humanitarian data and trend 2016, OHCA, p. 38.
[3] Rapport de la FIDH : Invisibles, ignoré.es : Vers l’établissement des responsabilités pour les violences sexuelles basées sur le genre à la CPI et ailleurs.
[4] § 121, Déclaration et Programme d’action de Beijing, adoptée le 15 septembre 1995 à l’occasion de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes.
[5] Ses deux prédécesseurs avaient été tuées en 2012 et en l’espace de six mois. En savoir plus
[6]L’histoire de Khatera a donné lieu à un documentaire, sorti le 6 mars 2019, « A thousand girls like me »