Écouter la douleur… mais encore ?

Mémoires n°63

Prix : 8 euros (papier) / gratuit (pdf)

DOSSIER

Écouter la douleur… mais encore ?

p.5 • Qu’entend-on par douleur en médecine ?, par Jonas Bessan, Médecin généraliste au centre de soins Primo Levi

p.9 • Etre en douleur, par Agnès Afnaïm, Médecin généraliste au centre de soins Primo Levi

p.10 • Après les violences sexuelles, comment se sentir homme ?, par Jonas Bessan, Médecin généraliste au centre de soins Primo Levi

p.12 • Le corps comme cartographie des souvenirs indicibles, extraits de l’intervention de Claude Biétry, kinésithérapeute, lors du colloque “Errance et Solitude” du Centre Primo Levi, L’Harmattan, 2007

p.14 • A la mi chemin entre la psyché et le somatique, d’où leur douleur…, par Omar Guerrero, psychologue clinicien et psychanalyste au centre de soins Primo Levi

p.16 • Douleur et souffrance en psychiatrie, par Jean-Pierre Martin, psychiatre

ENFANTS & FAMILLES

p.18 • Du mal à dire, entretien croisé entre Armando Cote, Omar Guerrero et Jacky Roptin, psychologues cliniciens et psychanalystes au centre de soins Primo Levi

REGARDS

p.20 • La Colline aux enfants, lieu d’accueil et de lien, par Martine Septfonds, Chef de service éducatif

Introduction :

« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,

Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. »

Alfred de Musset, La nuit d’octobre, 1837

Que peut-on apprendre de la douleur ? S’il y a bien un point qui rassemble les différentes formes de douleurs, qu’elles soient physiques, morales, agies ou subies, c’est qu’elles parlent de nous-même. Loin de n’être qu’une sensation, la douleur est aussi émotion.

A quelle petite fille n’a-t-on jamais dit « Il faut souffrir pour être belle ! » ou à un enfant tombé, « Je t’avais pourtant bien dit de faire attention ! ». Associée à la beauté, à la punition parfois même au plaisir ou au soulagement lorsqu’elle est agie, la douleur prend une signification différente d’une personne à l’autre. Elle fait partie de notre éducation, a été parlée, mise en mots. Chacun en aura donc une représentation singulière, avec un seuil de sensibilité propre dépendant de notre expérience et du contexte dans lequel elle est vécue. Bien que transmise, elle reste difficile à communiquer en fonction de cette même subjectivité. Selon le genre, la culture, certains la tairont comme cela peut être le cas chez nos patients hommes venant de Tchétchénie par exemple.

Il n’existe donc pas une douleur, mais des douleurs qui sont exprimées différemment selon qu’on s’adresse à un médecin, un psychologue ou à un proche.

Ainsi, une douleur présentée par un patient n’est jamais prise telle quelle. Que ce soit pour les médecins généralistes, les psychologues cliniciens, la kinésithérapeute ou le psychiatre, elle fait forcément l’objet d’un questionnement. Ce qui est présenté aux différents professionnels de la santé n’est qu’un point de départ pour interroger sa signification. Les médecins demandent le contexte et le moment dans lesquels est-elle apparue. La prise en compte de ces circonstances permet d’évaluer s’il est opportun de l’éliminer tout de suite. Car si cette douleur parle, la supprimer reviendrait à couper le lien qui permet l’échange. De même que le travail kinésithérapique ne peut commencer par un toucher qui viendrait soulager le patient. Un temps nécessaire de mise en confiance fait partie du début du traitement. Dans cette approche globale de l’Être, la douleur physique n’est jamais dissociée de ce que l’on en dit. Il n’est donc pas possible de distinguer ce qui relève du corps et ce qui relève du psychisme. Le corps parle autant que les mots qui peuvent à leur tour libérer, atténuer une souffrance. Pour compléter ces vers d’Alfred de Musset, la douleur participe donc à la connaissance de soi, si l’on parvient à la symboliser, à la mettre en mots. Et pour que ces mots témoignant de la douleur prennent sens, ils impliquent nécessairement un autre individu, comme un parent lorsqu’il s’agit d’un enfant.

Si les différentes approches présentées dans ce numéro se font par discipline (médical, kinésithérapique, psychologique, psychiatrique ou encore avec la prise en compte de la spécificité des enfants), toutes ont pour fil rouge l’écoute de la douleur et la manière de la prendre en compte.

   

Bouton Acheter ce numéro      Bouton S'abonner à Mémoires