Évacuation de campement de migrants à Saint-Denis : le cycle destructeur continue

Alors qu'a lieu aujourd'hui une expulsion supplémentaire, nous, associations, collectifs et citoyens engagés auprès des personnes exilées, dénonçons une fois de plus ce dispositif profondément destructeur, et la nouvelle dégradation à venir des conditions de vie des personnes.


Les mêmes dysfonctionnements indéfiniment répétés


Depuis 5 ans, les évacuations se sont répétées, malgré les dysfonctionnements du système d’hébergement qui les accompagne. Il y a près d’un an, nous écrivions “nous ne cessons de dénoncer la volonté du gouvernement de maintenir ces personnes dans la précarité, et nous ne cessons de nous indigner de cette mise en danger délibérée”. Aujourd’hui, les autorités continuent d’organiser ces opérations alors que les 65 précédentes ont prouvé qu’elles étaient inefficaces, et que leur seul effet était de disperser les personnes. Lors d’une récente enquête auprès des personnes exilées ayant vécu au moins une évacuation, 75% des personnes interrogées ayant été hébergées ont indiqué avoir été remises à la rue à la suite d’un de ces démantèlements.


Errance renouvelée, harcèlement policier : les conditions de vie des exilés, déjà aggravées par la crise sanitaire, empirent une fois de plus


Le 29 juillet dernier, 2000 personnes ont été évacuées d’un campement d’Aubervilliers. Au bout de quelques semaines, des centaines d’entre elles étaient de nouveau à la rue, et tentaient de trouver un endroit où dormir. Chargée d’appliquer la “politique de zéro retour”, la police a refusé à ces personnes le droit de s’allonger à même le sol - puisque leur couvertures et tentes avaient été détruites lors de leur précédente expulsion.


Sans cesse repoussées, harcelées, chassées voire violentées par la police, une partie d’entre elles s’est finalement installée encore plus en périphérie, au campement de Saint-Denis. L'accès à la nourriture, à l'eau, l'hygiène, aux soins, aux droits et à l'information y sont plus difficiles que jamais. Depuis le 30 octobre, ces personnes sont bloquées sur le campement, confinées dehors, souvent sans rien à manger. Avec ce nouveau démantèlement, tout recommence. Jusqu’à quand ?


Ces personnes relèvent pourtant de la responsabilité de l’Etat


Les personnes vivant sur les campements informels ont pour 70% d’entre elles déposé une demande d’asile en France, dont elles attendent une réponse. Conformément à ses engagements internationaux, l’Etat français devrait donc leur proposer un hébergement adapté. Il est absurde de faire perdurer ce système dysfonctionnel, car la politique d'invisibilisation actuelle ne peut aboutir : ces personnes ne vont pas disparaître.


Nous demandons à ce qu’une vraie réflexion soit engagée par l’OFII, les préfectures et les mairies afin de trouver de nouvelles solutions à ce système qu’il est plus que temps de repenser. Nous demandons que l’accès inconditionnel et pérenne à l’hébergement, aux soins, aux droits et à l’information soit garanti pour toutes les personnes, sans distinction de statut administratif.


Signataires :


ACAT

Action Contre la Faim

ADDE - Avocats pour la Défense des Droits des Étrangers ADSF - Agir pour la Santé des Femmes

CCFD - Terre solidaire 93 Centre Primo Levi

La Chorba

La Cimade - Ile-de-France

Le Comede - Comité pour la santé des exilés Dom’Asile

Emmaüs France

Les Etats Généraux des Migrations - Paris La Gamelle de Jaurès

Le Gisti

Le Kiosque - Emmaüs Solidarités et France Terre d’Asile Ligue des Droits de l’Homme - Paris et Saint-Denis Collectif MARDi

Médecins du Monde - Ile-de-France Médecins Sans Frontières

MRAP - Fédérations de Paris et de Seine-Saint-Denis Paris d’Exil

Collectif les Ptits Dejs Solidaires Secours Catholique - le CEDRE

Secours Catholique - Délégations de Paris et de Seine-Saint-Denis Solidarité Migrants Wilson

Team du Coeur Thot

Utopia 56 Watizat