Qui sont nos patients ? | Centre Primo Levi

Qui sont nos patients ?

Les patients reçus au centre de soins arrivent dans un état de très grande souffrance. Aux séquelles physiques telles que des douleurs articulaires, des maux de têtes violents s'ajoutent des troubles psychiques importants. En France, la précarité, les difficultés à obtenir un statut et la suspicion récurrente qui pèse sur les exilés entravent leur reconstruction.

Les chiffres suivants concernent les patients suivis en 2016.

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Claudine est née juste après le génocide au Rwanda. Elle n’a jamais connu son père. Elle a grandi dans un univers protégé, en partie dans un internat et auprès de sa mère et de son jeune frère.

L’absence de son père lui semble étrange, mais sa mère la rassure en lui disant qu’il va bien, qu’il doit juste vivre dans un autre pays. Un jour, tout commence à changer. Sa mère perd son travail et s’absente pendant plusieurs jours. Plus tard, des policiers viennent chercher Claudine à l’internat. Ramenée au commissariat, elle est interrogée sur son père. Elle raconte tout ce qu’elle sait. Au bout de deux jours, un homme, inconnu, vient la chercher au commissariat, l’amène à l’aéroport d'où ils prennent un avion pour un pays voisin. Deux jours plus tard, elle est lâchée, seule, dans l’aéroport Charles de Gaulle à Paris par le même homme. Tout ce qu’elle sait, c’est que cet homme connaissait ses parents et que c’est eux qui l’ont payé pour l’emmener en France.

Quand Claudine vient pour la première fois en consultation au centre de soins, elle a treize ans, habite dans un foyer et est prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Elle vient parce qu’elle ne comprend rien à ce qui lui est arrivé. Lors des interrogatoires de la police, elle avait cru comprendre que son père avait participé au génocide. Lors des consultations, il lui faudra plusieurs mois pour retrouver des souvenirs, comme les moqueries que ses camarades faisaient sur son nom de famille et la possible participation de son père au génocide. Elle parle de la honte, de la peur aussi qu’elle avait ressenties au pays. Elle se dit fatiguée. Comme elle a confiance en sa mère, elle pense que celle-ci viendra vite la chercher, mais ce silence et son absence la rendent malade. En France, Claudine est une très bonne élève. Elle a beaucoup d’amis et vit dans une famille d’accueil où tout se passe très bien, sauf qu'il y a quelque chose en elle qui est « mort », « perdu ».


Ali est un petit garçon originaire du Sri Lanka adressé au Centre Primo Levi par son école. A 6 ans, il est resté plusieurs heures accroché au corps de sa mère, mortellement blessée sous ses yeux lors d’une fusillade. Scolarisé depuis 2 ans en France, il ne parle toujours pas le français. Il vit en vase clos avec son père qui ne parvient pas à se détacher de la langue maternelle, chargée de souvenirs … Le travail au Centre Primo Levi s’efforcera de le sortir d’une kyrielle de symptômes allant d’un mutisme défensif à un strabisme post-traumatique …


Monsieur E. est originaire du Kosovo. Il a été arrêté, emprisonné et torturé par des milices serbes. Fuyant clandestinement son pays avec sa famille, il a trouvé refuge en France. Après une longue procédure administrative sa demande d’asile et son recours sont refusés. Monsieur E. souffre de séquelles multiples : douleurs chroniques, dentition détruite, insomnies, troubles dépressifs. La prise en charge psychothérapeutique au centre de soins lui permet de trouver un certain apaisement mais les refus de l’administration réactivent les traumatismes.


Edna vivait au Congo Brazzaville avec sa fille de huit ans, son père et son frère. Quand les milices à la recherche de personnes de son ethnie font irruption dans la maison, ses paroles et ses suppliques ne changent rien. Elle et sa fille sont violées devant le père et le frère. Sa fille est tuée. Quand elle arrive plusieurs mois plus tard, sur les conseils de la PMI (centre de protection maternelle et infantile), au Centre Primo Levi avec son bébé de 4 mois, Edna ne dort plus. Elle souffre d’hallucinations. Elle confond son nouveau-né avec sa fille morte. La thérapie lui permettra petit à petit de parler de son intense sentiment de culpabilité. D’instaurer un espace d’écoute, de soutien et de transformation de l’insupportable en pensable.


Hassan est un jeune homme de 17 ans, originaire d’un pays d’Afrique de l’ouest. Il vivait avec sa famille jusqu’au jour tragique où il a été témoin du brutal assassinat de sa mère et de sa petite sœur, tuées par des militaires à la recherche de son père, pourchassé pour ses activités militantes. Réfugié en France, il est pris en charge au Centre Primo Levi. Il va très mal. Commence à dire ce qui lui est arrivé mais il est habité par la terreur, par la douleur et la peur. Ce n’est que peu à peu qu’il peut se décoller de cette scène traumatique et parler de sa souffrance.