Après l’exil, quel lien aux origines ?

Quel lien peut-on entretenir avec son pays d’origine lorsqu’on l’a fui dans un contexte de violence extrême ? Lorsque tout a été bouleversé et qu’il n’y a plus de repères ?

Les traumatismes engendrés par les menaces, la peur, les violences subies et l’exil ne viennent pas seulement modifier le psychisme et les perceptions ; ils modifient également le rapport aux origines des personnes qui ont fui. Il faut garder à l’esprit que la culture qui faisait le lien entre les habitants a volé en éclat et été réduite à la violence. L’identité, les valeurs, les constructions morales, les filiations sont remises en cause par la violence extrême et ses effets. Elles peuvent aussi être questionnées et mises en doute par le pays d’accueil : face à un juge, une personne va devoir prouver son origine qui pourra être remise en question faute de preuves. Idem avec les liens de parenté qui devront être prouvés dans le cadre, notamment, des procédures de regroupement familial.


Dans ces conditions, comment rester fidèle à ses origines en exil ? À cette question, il ne peut pas y avoir de réponse généralisée. Certains ont rompu tout à fait avec leur pays, en général parce qu’ils n’y ont plus aucun proche ; d’autres rêvent d’y retourner, tout en se rendant bien compte du danger qu’ils courraient. lien aux originesChez certains militants turcs, c’est en maintenant leur activisme depuis la France qu’ils parviennent à garder leur dignité et leur place sociale.

« J’ai parmi mes patients un certain nombre de femmes kurdes, a constaté un jour Agnès Afnaïm, médecin généraliste au Centre Primo Levi. Ces femmes n’ont pas rompu avec leurs idées et leur implication dans la révolution, et c’est probablement ce qui les aide à tenir le choc ». L’attachement aux origines, à l’identité de militant qui leur conférait un rôle, une place dans leur société, s’effectue ainsi par le politique et pour le politique en terre d’accueil… mais qui vise le pays d’origine.


Chaque personne vit les événements et le traumatisme qui y est associé selon sa propre expérience, ses relations avec sa famille, son environnement, sa personnalité. C’est à partir de cette singularité que travaille l’équipe du centre de soins Primo Levi. Avant de pouvoir se relier à ses racines, il faut se reconstruire soi.


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