25 juin 2010"L'ONU, la torture et le 107 av. Parmentier, Paris"On l'appelle "la clinique de l'inaudible". C'est un immeuble modeste du 11e arrondissement de Paris, 107, avenue Parmentier. Au rez-de-chaussée, un restaurant, spécialiste de la fondue ; au fond de la cour, une salle de gymnastique ; ailleurs, des bureaux. Ceux de l'Association Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique) occupent trois étages, dans l'aile droite. Plaque discrète, sol en lino, salle d'attente et salles de consultation médicale : simplicité, calme, accueil souriant, ambiance informelle, même si flotte en ces lieux une impression de gravité particulière. "Ici, on reçoit des gens démolis, des gens qu'on a voulu ramener à l'état d'objet'", prévient Eléonore Morel, directrice générale de l'Association. Le "107" est unique en France. C'est un centre de soins spécialisé dans le traitement d'exilés ou de demandeurs d'asile politique qui ont été torturés. L'Association Primo Levi est née il y a quinze ans d'un simple constat : les victimes de la torture relèvent de thérapies particulières. Pour elles, la souffrance ne s'arrête pas avec les sévices, avec les viols à répétition, les décharges électriques, les tabassages au milieu de la nuit ; le cri des autres. Pour les torturés, une autre vie commence "après", "une vie avec l'obsédant souvenir de la souffrance'" explique Sibel Agrali, la directrice du centre de soins.Les visiteurs du 107 sont très abîmés, physiquement et psychologiquement. Et, depuis quinze ans, toujours aussi nombreux. Dans le monde, la peine de mort régresse, pas la torture. L'ONU a décrété le 26 juin "Journée internationale des Nations unies pour le soutien aux victimes de la torture". Estimation : une majorité de pays - 150 sur les quelque 200 membres de l'ONU - pratiquent la torture à des fins politiques ou policières. En France, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) actualise régulièrement une mappemonde de la torture. "Par nature, il n'y a pas de statistiques, pas de chiffres officiels, commente Jean-Etienne de Linares, le délégué général, mais nous avons des indicateurs et la conviction que la torture ne diminue aucunement." Alain Frachon / Le Monde |
| Mis à jour le Mercredi, 18 Août 2010 16:54 |
