18 décembre 2009 « Soutenir l'Association Primo Levi ? Une évidence et une nécessité. » Par Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire et membre du comité de soutien de l'Association Primo Levi. Soutenir l'Association Primo Levi ? Une évidence et une nécessité.Toutes deux sont liées à la spectaculaire dégradation de la situation politique caractérisée notamment par l'avènement d'une xénophobie d'État. À preuve la création d'un ministère au nom abracadabrantesque : le ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire bien fait pour attirer derrière Nicolas Sarkozy un électorat venu du Front national. Hier indispensable pour conquérir le pouvoir, cet électorat le sera aussi demain pour le conserver fut-ce au prix des pires compromissions avec divers mouvements nationalistes, xénophobes et islamophobes dont certaines des orientations sont aujourd'hui mises en œuvre par la majorité actuelle.
En témoignent le ralliement de Philippe de Villiers à l'UMP et, plus encore, le pseudo-débat sur l'identité nationale initié et contrôlé en haut par l'administration que dirige Éric besson, en bas par des préfets et des sous-préfets aux ordres. Pour les amateurs d'exception française, en voilà une remarquable mais sinistre puisque le ministère précité n'a ni précédent dans l'histoire de la République, ni équivalent en Europe. Pas même en Italie que dirige pourtant une coalition composée de forces qui prospèrent depuis longtemps en faisant de « l'étranger » non communautaire et du clandestin plus encore, les causes de maux multiples qu'il faut combattre au plus vite. Sans précédent également, l'adoption d'un plan quinquennal d'expulsions qui établit, année après année et pour toute la durée du mandat présidentiel, des objectifs chiffrés de reconduites forcées. Abjecte culture du résultat mise en œuvre contre des hommes, des femmes et des mineurs tenus pour des ennemis intérieurs qu'il faut traquer, rafler, placer en rétention puis renvoyer dans leur pays d'origine quand bien même la guerre y fait rage comme en Afghanistan. De là aussi l'instauration, dans cette « douce » France sarkozienne, d'un état d'exception permanent et d'une sorte de couvre-feu imposé de facto aux étrangers en situation irrégulière. Au regard de cette politique et instruit par les deux années qui viennent de s'écoule, le ministère mentionné ne mérite qu'un seul nom : celui de ministère des Expulsions et de la Stigmatisation nationale. dans ce contexte, le nom même de Primo Levi oblige, et il oblige à résister autant que faire se peut. Dernier ouvrage paru : Douce France. Rafles. Rétention. Expulsions (dir.), Seuil, 2009. |