Accueil Découvrez quelques-uns des articles et reportages consacrés à l'association.
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23 août 2011 - www.metrofrance.com - Amandine Schmitt - À Paris, un centre d'aide aux victimes de torture menacé
4 août 2011 - RFI english
- Mike Woods - Centre for victims of torture and violence threatened with closure (reportage 3'54)
26 juillet 2011 - RFI - Laurence Théault - Reportage sur le centre de soins de l'Association Primo Levi . Écoutez la Tranche internationale de 6H43 TU, à partir de 7'10.
7 juillet 2011 - Politis - Ingrid Merckx - Un refuge pour les exilés du langage
4 juillet 2011 - Le Figaro
- Pascale Senk - Du bon usage du « parler juste »
27 juin 2011 - L'Humanité - Marie Barbier - Au chevet des survivants

6 octobre 2010 - Le Quotidien du Médecin - Christian Delahaye - Victimes de la torture : pour une clinique de la prise en charge
14 septembre 2010 - La Croix
- Comment soigner malgré la barrière de la langue ?
24 juin 2010 - Le Monde
- Alain Frachon - L'ONU, la torture et le 107 av. Parmentier, Paris

25 juin 2009 - Politis - Erwan Manac'h - Un surcroît de souffrance
18 juin 2009
- AFP - Isabelle Ligner

24 novembre 2008 - La Montagne - Un thérapeute à la recherche de l'humain que le tortionnaire a tenté d'effacer
Juin 2008 - Courrier de l'ACAT
- Michel Jordan et Cécile Henriquès - Ne pas laisser faire la torture

 

6 octobre 2010 - Le Quotidien du Médecin - Christian Delahaye - Victimes de la torture : pour une clinique de la prise en charge

En plus de ses sessions habituelles de sensibilisation et d'approfondissement, l'Association Primo Levi, propose cette année un nouveau cycle de formation consacré à la prise en charge des victimes de violences politiques et de tortures, à l'attention des médecins appelés à intervenir dans les CADA (centres d'accueil des demandeurs d'asile). 

Depuis sa création il y a 15 ans, l'Association Primo Levi, qui soutient les personnes ayant subi la torture, la violence politique, puis l'exil, propose des programmes de formation pluridisciplinaires. Axés sur les problématiques sociétales et juridiques, ils sont destinés principalement à des acteurs sociaux qu'ils initient à la spécificité du trauma associé à la violence politique. Cette année encore, des sessions de sensibilisation (2 jours) et d'approfondissement (4 jours) sont consacrées à la prise en charge des demandeurs d'asile, au vécu de l'exil en France, aux conditions d'accueil. Ces programmes répondent aux difficultés rencontrées par les professionnels dans l'écoute des personnes.
« Parallèlement, explique le Dr Agnès Afnaïm, pour la première fois nous avons élaboré un cycle de formation spécialement destiné aux médecins, à partir d'une approche clinique originale.» Selon cette généraliste, qui assure depuis 2006 une consultation à mi-temps au centre de soins de l'association, cette proposition s'adresse en priorité aux praticiens libéraux qui exercent à proximité des 284 CADA ouverts en métropole et qui sont appelés à y intervenir ponctuellement ou de manière régulière. « Or cette clinique requiert, insiste-t-elle, une prise en charge médicale et psychologique spécifique à laquelle les praticiens n'ont pas été formés.» Intitulé Le récit et la reviviscence des traumatismes, le nouveau cycle prépare le soignant à écouter la personne qui a vécu tortures, persécutions et violences dans son pays d'origine, gardant des séquelles physiques et psychologiques. Une personne d'autant moins audible pour le médecin qu'elle-même a souvent de grandes difficultés pour raconter ce qui lui est indicible. « Le patient est réduit au silence, jusque dans son corps », observe le Dr Afnaïm, qui a suivi pour sa part une formation en somato-psychopédagogie, avec une approche principalement manuelle, à l'école de l'osthéopathe Danis Bois. « J'ai pu la mettre en pratique avec des résultats à plusieurs reprises », témoigne-t-elle. Le médecin du centre Primo Levi cite notamment le cas de ce patient africain arrivé à Paris en 2008 après avoir subi des tortures : « Il était atteint d'un psoriasis généralisé, raconte-t-elle, en état de qui-vive permanent et d'épuisement psychique, malgré la prise d'antidépresseurs. Après cinq séances, son état s'est transformé, il a pu reconstituer sa biographie traumatique et la vivre non plus comme une intrusion permanente et douloureuse, mais comme un souvenir. Les lésions de sa peau ont cicatrisé dans le même temps, bref, il a cessé d'être un épuisé de la vie. »
Une nécessité. Le nouveau cycle de formation propose aussi des sessions ciblées sur « l'accueil et l'accompagnement des mineurs isolés », « la place de l'enfant et de l'adolescent victime d'un trauma » et « le deuil traumatique dans la clinique de la violence politique ». Tous ces programmes se déroulent en petits groupes d'une quinzaine de personnes, avec des intervenants d'horizons disciplinaires divers (médecins, psychanalystes, psychologues cliniciens, kinésithérapeutes, juristes, assistants sociaux et accueillants). Ils prévoient de larges espaces d'interactivité, pour répondre aux attentes des différents participants, qui peuvent soumettre à l'équipe d'animation les cas concrets rencontrés dans leurs propres expériences.
Pour le Dr Afnaïm, la nécessité d'une compétence accrue des soignants se fait d'autant plus sentir aujourd'hui que les demandeurs d'asile sont soumis à un contexte politique et social tendu. « Cela retentit fortement sur ces personnes, observe-t-elle, elles vivent une fragilisation aggravée, comme nous l'observons dans la file active de notre centre de soins. Si la torture isole la personne, le vécu de son exil en France et le rejet de ses demandes administratives accentuenet le sentiment de solitude. la prise en charge et l'écoute par les médecins en sont d'autant plus difficiles. »

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14 septembre 2010 - La Croix - Comment soigner malgré la barrière de la langue ?
Interview de Sibel Agrali dans le cadre d'un dossier intitulé Le rôle clé des interprètes dans les hôpitaux pour les patients non francophones

Sibel Agrali, directrice du Centre Primo Levi à Paris : « Dans notre centre, nous prenons en charge des personnes exilées en France, victimes de tortures ou de violences politiques dans leur pays d'origine. Beaucoup ont aussi subi des violences sexuelles. Nous sommes donc en face de traumas très lourds. La prise en charge est assurée par une équipe comprenant trois généralistes, six psychologues cliniciens, un kiné, une assistante sociale, un juriste et des accueillants. Quand la personne n'est pas en mesure de s'exprimer en français ou dans une langue maîtrisée par un de nos thérapeutes, nous faisons toujours appel à un interprète professionnel. Cela coûte très cher, environ un dixième de notre budget. Mais proposer un interprétariat de très grande qualité est indispensable dans ces prises en charge où les mots ont une importance cruciale. Respecter la langue de l'autre, c'est aussi une façon de l'accueillir et d'accueillir sa souffrance. Actuellement, nous suivons entre 310 et 320 patients avec une durée moyenne de soins de vingt-six mois. Il s'agit de prises en charge au long cours et nous veillons à ce que chaque personne puisse être suivie par le même thérapeute et le même interprète. C'est important, car le lien de confiance qui s'établit entre les uns et les autres est essentiel sur le plan thérapeutique. La mission de l'interprète est de restituer les mots du patient le plus exactement possible en utilisant toujours la première personne. Il ne va pas dire : "Le patient dit ceci ou pense cela". Il va dire : "J'ai mal à tel endroit" ou "je me souviens de telle chose". C'est un peu différent de ce qui peut se passer, parfois, à l'hôpital : le recours à un interprète allonge forcément la consultation et, dans certains cas, le médecin pourra avoir tendance à demander à l'interprète de résumer un peu ce que dit le patient. Chez nous, le temps n'est pas un problème, c'est même un allié. Dans ces prises en charge, l'importance des mots est bien sûr considérable. Mais la relation thérapeutique passe aussi par le non-verbal : les gestes, les regards, les silences... Et souvent, les thérapeutes disent que le temps de l'interprétariat, celui où le traducteur est en train de parler, est un moment un peu à part. Un moment où, sans rien dire, ils peuvent observer le patient avec une attention toute particulière. »

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24 juin 2010 - Le Monde - Alain Frachon - L'ONU, la torture et le 107 av. Parmentier, Paris

On l'appelle « la clinique de l'inaudible ». C'est un immeuble modeste du 11e arrondissement de Paris, 107, avenue Parmentier. Au rez-de-chaussée, un restaurant, spécialiste de la fondue ; au fond de la cour, une salle de gymnastique ; ailleurs, des bureaux. Ceux de l'Association Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique) occupent trois étages, dans l'aile droite. Plaque discrète, sol en lino, salle d'attente et salles de consultation médicale : simplicité, calme, accueil souriant, ambiance informelle, même si flotte en ces lieux une impression de gravité particulière. « Ici, on reçoit des gens démolis, des gens qu'on a voulu ramener à l'état d'objet », prévient Eléonore Morel, directrice générale de l'association.
Le « 107 » est unique en France.C'est un centre de soins spécialisé dans le traitement d'exilés ou de demandeurs d'asile politique qui ont été torturés. L'Association Primo Levi est née il y a quinze ans d'un simple constat : les victimes de la torture relèvent de thérapies particulières. Pour elles, la souffrance ne s'arrête pas avec les sévices, avec les viols à répétition, les décharges électriques, les tabassages au milieu de la nuit ; le cri des autres. Pour les torturés, une autre vie commence « après », « une vie avec l'obsédant souvenir de la souffrance », explique Sibel Agrali, la directrice du centre de soins.
Les visiteurs du « 107 » sont très abîmés, physiquement et psychologiquement. Et, depuis quinze ans, toujours aussi nombreux. Dans le monde, la peine de mort régresse, pas la torture. L'ONU a décrété le 26 juin Journée internationale des Nations unies pour le soutien aux victimes de la torture. Estimation : une majorité de pays - 150 sur les quelques 200 membres de l'ONU - pratiquent la torture à des fins politiques ou policières. En France, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT) actualise régulièrement une mappemonde de la torture. « Par nature, il n'y a pas de statistiques, pas de chiffres officiels, commente Jean-Etienne de Linares, le délégué général, mais nous avons des indicateurs et la conviction que la torture ne diminue aucunement. »
Le 107, avenue Parmentier reçoit plus de 600 demandes de traitement chaque année. L'association prend quelque 300 patients en charge. Son équipe compte trois médecins, six psychologues et psychanalystes, un kinésithérapeute, un juriste, une assistante sociale, deux préposés à l'accueil. Les soins sont gratuits - et lents : « Cela prend du temps avant qu'une personne qui a été torturée accepte d'être auscultée, dit Eléonore Morel ; en général, la dernière main qui l'a touchée intimement est celle du bourreau. »
Les salles de consultation comprennent un paravent, derrière lequel s'installe une personne qui joue un rôle-clé dans la visite médicale : l'interprète professionnel. « Ce qu'ils ont vécu de plus éprouvant, les gens ne nous le disent que dans leur langue », observe Sibel Agrali. Une interprète en langue kurde et turque explique : « Nous sommes les premiers à recevoir le récit de ces personnes et nous devons occuper cette place assez particulière qui exige de rester transparents et de respecter la confidentialité des propos échangés.»
L'Association Primo Levi accueille des patients venant d'une quarantaine de pays, ceux dont les ressortissants jugent qu'ils ont une chance d'obtenir l'asile politique. Ils sont dans une extrême précarité matérielle et psychologique, dépêchés au centre par des hôpitaux ou d'autres associations humanitaires. Souvent, ils arrivent avenue Parmentier « au bout d'une invraisemblable errance de plusieurs années » - hommes, femmes, enfants détruits par leur histoire.
Les origines varient. L'horreur se déplace au fil des conflits. Il y a des « modes » dans la pratique de la torture. Ce qu'ont récemment vécu certaines Iraniens dépasse ce qu'on pouvait imaginer, dit-on au centre : « Il n'y a pas de limite à l'inventivité des bourreaux. » Depuis quelques années, les violences politiques les plus massives viennent de République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Pratique la plus courante dans la région du Nord-Kivu, perpétrée à grande échelle dans une impunité totale : le viol des femmes.
Faut-il insister ? Les gens du « 107 » sont admirables. Célébrée à l'étranger, leur action est pourtant menacée. En 2012, l'association devrait perdre son plus gros bailleur de fonds, l'Union européenne. Pourquoi ? Pour une raison qui relève de la faribole bureaucratique. Sans aucune garantie d'efficacité, l'UE veut investir afin de dissuader la torture au départ dans les pays d'origine, pas pour soigner « après » dans un pays tiers. Bonne chance !
De quel montant parle-t-on ? De 700 000 euros, la moitié du budget annuel de l'association. L'avenir du 107, avenue Parmentier dépend d'une somme qui est, grosso modo, ce que gagne un joueur de foot pro en Europe. Une société se définit, aussi, par les choix qu'elle fait : le salaire d'un « Bleu » pour pérenniser l'Association Primo Levi...

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25 juin 2009 - Politis - Erwan Manac'h - Un surcroît de souffrance

L'Association Primo Levi aborde son quatrième colloque sur la torture dans un contexte de suspicion accrue envers les réfugiés politiques.

La torture est une arme redoutable qui broie les esprits et marque les corps, que l'on y succombe jusqu'à tout dire, ou que l'on y résiste pour tout taire. Elle brise les repères fondamentaux de l'esprit : les croyances, les certitudes. et laisse les victimes totalement désorientées. Déshumanisées.
Pour répondre à la détresse physique et morale des victimes de torture, l'Association Primo Levi anime, à Paris, un centre de soins pluridisciplinaire, où 252 patients de 25 nationalités bénéficient d'un suivi médical et des soins d'un kinésithérapeute. Pour apaiser les mémoires tuméfiées, six psychologues cliniciens travaillent à plus ou moins long terme avec certains patients pour délier leur parole et dénouer leurs traumatismes, les accompagner dans leur reconstruction de soi. Les patients sont aussi suivis par une assistante sociale et une juriste, souvent sollicitées pour des recherches d'hébergement ou une aide à la régularisation.
Avec le durcissement actuel des conditions d'accueil des immigrés en Europe, l'Association Primo Levi déplore la précarisation des exilés politiques. La santé de ses patients s'est aggravée. Ils se perdent davantage dans les méandres juridiques et administratifs de la demande d'asile. Et doivent aujourd'hui se battre pour la reconnaissance de leur souffrance, une étape pourtant essentielle du cheminement vers la reconstruction. Leurs conditions de logement sont également de plus en plus précaires (16 % des patients du centre n'ont pas de domicile fixe). Nécessairement, la durée de suivi des patients au centre de soins s'allonge, ce qui restreint l'accueil de nouveaux bénéficiaires.
Au-delà de l'association parisienne, l'Union européenne a réduit en 2009 ses subventions à 20 centres de soins pour demandeurs d'asile en Europe (sur 110 au total) en demandant aux États de prendre le relais. Une structure grecque vient de fermer ses portes. À terme, tous les centres devraient voir baisser leurs subsides européens. C'est donc avec gravité que l'Association Primo Levi aborde son quatrième colloque bisannuel. Il rassemblera nombre d'acteurs de l'aide aux victimes de la violence politique : chercheurs, médecins, psychanalystes, humanitaires. Il s'agira de dénoncer un pouvoir suspicieux envers l'asile politique. Et de réaffirmer, surtout, la force des réponses aux destructions intimes que la torture inflige.

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18 juin 2009 - AFP - Isabelle Ligner

Au centre Primo Levi, l'une des rares structures spécialisées en France, demandeurs d'asile, réfugiés et déboutés tentent de surmonter les traumatismes provoqués par la violence politique et la torture qu'ils ont subies dans leur pays d'origine.
« La torture et la violence politique s'attaquent au corps mais elles visent surtout la psyché et brisent le lien social », explique à l'AFP Sibel Agrali, directrice du centre de soins situé dans le 11ème arrondissement de Paris.
Dans ce lieu d'écoute privilégié créé en 1995 par l'Action des Chrétiens pour l'abolition de la torture, Amnesty International France, Juristes sans frontières, Médecins du monde et Trêve, environ 250 personnes par an se voient proposer un suivi pluridisciplinaire : médical, psychothérapeutique, kinésithérapeutique, dentaire, social et juridique.
Les patients viennent de 90 pays mais « le continent africain est très largement représenté », souligne Mme Agrali, notamment la République démocratique du Congo (RDC), le Congo-Brazzaville ou l'Angola mais aussi le Rwanda ou l'Algérie.
Si certaines personnes s'adressent au centre parfois 20 ans après les faits traumatiques, en moyenne les exilés − des demandeurs d'asile, des réfugiés statutaires de fraîche date et près de 50 % de femmes − viennent un an-et-demi après leur arrivée et sont suivis pendant plus d'un an.
«Ces personnes ont généralement beaucoup de mal à parler, elles verrouillent le traumatisme de ce qu'elles ont vécu des coups divers mais aussi des transgressions notamment sexuelles », note Omar Guerrero, psychologue clinicien et psychanalyste. «Elles montrent des symptômes post-traumatiques classiques - cauchemars et insomnie, douleurs multiples, troubles de la concentration et de la mémoire.»
Selon M. Guerrero, les patients sont «très investis» dans la thérapie qui est basée sur la psychanalyse et non sur une approche ethnologique dans ce centre portant le nom du grand écrivain italien rescapé d''Auschwitz et symbole de la force du témoignage.
« Mais il est difficile de soigner dans le contexte politique et social actuel dans lequel les droits des exilés reculent », souligne Sibel Agrali, « la précarité, le non accueil, la peur sont pour nos patients un prolongement de leurs traumatismes passés. »
Ainsi trois patients déboutés du droit d'asile « réfléchissent très sérieusement au suicide depuis la semaine dernière », ajoute-t-elle.
L'administration met parfois en avant le fait que tel ou tel acte de violence ou de torture n'est pas avéré, or « pour la personne victime, le message est que ce qui lui est arrivé est banal et pourra recommencer », assure Omar Guerrero.
La vie est impossible d'où je viens et en France, on ne m'a pas reconnu comme victime, témoigne Faustin, 22 ans, originaire de RDC, débouté du droit d'asile alors qu'il dit avoir été torturé par un groupe de rebelles « qui auraient mieux fait de me tuer ».
Mme Agrali, directrice d'un centre dont les capacités sont « saturées », dénonce également une carence majeure en France et en Europe en terme d'offre de soins spécialisés, notamment en santé mentale, pour les victimes de torture.
Les structures adaptées sont très rares en France, où vivent pourtant des dizaines de milliers de personnes souffrant de séquelles de sévices.
Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Immigration n'a pas souhaité faire de commentaire sur cette question.

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24 novembre 2008 - La Montagne - Un thérapeute à la recherche de l'humain que le tortionnaire a tenté d'effacer

Omar Guerrero vient en aide, au sein du centre Primo Levi, à des personnes de toutes origines qui ont subi des violences politiques ou ethniques.
Le psychologue clinicien reçoit notamment de nombreuses victimes de torture, qu'elle soit physique ou psychologique. Il a fait part de son expérience, mardi, aux participants du colloque clermontois.
Si les expressions du syndrome post-traumatique sont souvent les mêmes (insomnie, amnésie, trouble du sommeil ou de l'alimentation), le contenu et la durée des soins varient grandement en fonction des individus. « Certaines personnes sont suivies pendant trois ou quatre ans. D'autres remarchent au bout de six mois. » Son travail s'apparente à une reconstruction. « La situation de torture est marquée par l'absence de la négociation qui caractérise une relation sociale normale. Vous êtes l'objet de l'autre. Vous n'êtes plus reconnu en tant que sujet.» Omar Guerrero renvoie au titre du livre de Primo Levi sur l'univers concentrationnaire, Si c'est un homme. « Les victimes veulent généralement oublier. C'est une réponse radicale à un traitement totalitaire. Nous leur expliquons que l'on ne peut pas effacer, qu'il faut vivre avec. Le traumatisme fait écran à la personne. Il faut retrouver l'humain que le tortionnaire a tenté d'effacer.»
Le psychologue apporte aussi une réflexion sur l'accueil en France des victimes de persécutions. « Lorsqu'une femme du Darfour, qui a vu sa famille être massacrée, qui a été violée par les passeurs sur le bateau, arrive par ici et que l'OFPRA [Office français des réfugiés et apatrides] la rejette, c'est quelque part une poursuite des mauvais traitements. L'administration demande la vérité historique, des preuves, pas la vérité psychique des victimes. »

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Juin 2008 - Courrier de l'ACAT - Michel Jordan et Cécile Henriquès - Ne pas laisser faire la torture

Aider les personnes victimes de la torture et des violences politiques à sortir de ce statu de « victimes », réduire la fracture des traumas, ouvrir un « après », sortir des regards qui stigmatisent. Tels sont les objectifs de l'Association Primo Levi.

Personne ne guérir vraiment de l'expérience effroyable de la torture, cependant, des soins appropriés peuvent aider les survivants à renouer avec la vie. L'équipe de cliniciens de l'association Primo Levi accueille des hommes, des femmes et des enfants, qu'elle reconnaît comme victime de la violence politique. Une étape nécessaire pour sortir de la victimisation. Depuis plus de dix années, l'association Primo Levi, dont l'ACAT France est l'un des membres fondateurs a reçu, à Paris, des centaines de personnes victimes de la torture et des violences politiques. Parce que la torture ne s'arrête pas à la libération; parce que sortir de cet état de victime requiert d'être reconnu comme telle et accompagné dans un parcours de réparation, de mémoire, de soins, de justice... l'action des thérapeutes, en équipe pluridisciplinaire, est essentielle.
Le difficile parcours du soin. La torture se définit comme un acte intentionnel, elle vise à déshumaniser les êtres pris pour cibles. Ses effets, les douleurs, mais aussi la honte, la peur, se font sentir longtemps. Elle est souvent pratiquée de manière à ne pas laisser de traces visibles, il n'y a donc pas de symptôme spécifique. Les personnes reçues par l'association Primo Levi manifestent des souffrances qui pourraient sembler banales : maux de têtes, cauchemars, insomnies ... Ils ne racontent pas d'emblée l'histoire traumatique de la personne, que bien souvent ils cherchent à oublier, qu'ils n'arrivent tout simplement pas à penser.
Les personnes soignées au centre Primo Levi ont quitté leur pays, fui leurs tortionnaires. C'est en Europe, en France, qu'elles espèrent survivre à leurs douleurs. L'exil, dans lequel elles ont perdu tout ce qui restait de leur vie passée, est une condition pour mettre à distance − géographiquement, et aussi symboliquement − leur agresseur, mais aussi la honte et les lieux de l'horreur. La France reste pour beaucoup le « pays des droits de l'homme », le « pays des lois ». Cependant, ces personnes en quête de refuge découvrent une réalité hostile: la suspicion, l'asile refusé ou accordé parfois, l'interdiction de travailler pour assurer sa vie, la précarité et la dépendance, le mépris, les hébergements sordides souvent, la rue pour beaucoup... Que deviennent les enfants qu'on a pu emmener avec soi? Et ceux qui sont restés là-bas ? Ces conditions éprouvantes ne permettent pas de sortit de l'urgence. Les traumatismes se cumulent. Exilées, les personnes sont « nues», privées de réseau social, de réseau familial, confrontées à l'inconnaissance de leur situation, au déni de leur parole parfois - trop souvent, lorsque les procédures de reconnaissance du statut de réfugié se font soupçonneuses, inquisitrices. Menacées d'être renvoyées d'où elles viennent, de revivre ce qu'elles ont déjà vécu, elles s'affrontent douloureusement au rejet de notre société. Les cliniciens du centre Primo Levi sont de plus en plus confrontés à cette gageure: comment construire un parcours de soin dans la précarité, l'incertitude du lendemain? Même lorsque le statut de réfugié a été obtenu, les difficultés de la vie demeurent - cependant, un « après » peut dès lors commencer.
Le parcours de soins est un parcours de retrouvailles douloureux, au fur et à mesure que réapparaissent les souffrances tenues à l'écart. C'est ainsi que la personne peut, à son rythme, renouer avec les pans de son histoire trouée par le(s) traumatisme(s). Repenser à ses proches, par exemple, sans que l'image de leur agonie ne vienne l'écraser de culpabilité. Cela suppose souvent que le thérapeute, formé pour supporter cette confrontation, aura pu accompagner la personne dans cette scène d'épouvante revisitée, attester de qui a été bourreau, de qui a été victime. Affirmer qu'il y a des lois, que ce qui a été vécu était une transgression de ces lois, tout cela participe de la reconnaissance.
On estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de personnes résidant en France qui ont été directement victimes de la torture au sens le plus étroit de sa définition. L'Association Primo Levi est un lieu rare, un lieu dédié aux personnes victimes de la torture et de la violence politique, ce n'est pas l'hôpital, ni un service psychiatrique, c'est un lieu qui nomme le mal; c'est très important pour les personnes reçues : souffrir des effets de la torture n'est ni une maladie, ni une folie. Cependant, faute de soins, ces violences continuent l'œuvre des bourreaux. « Négligez les souffrances, c'est encore laisser faire la torture. »
Le témoignage impossible ?
L'Association Primo Levi a d'emblée inscrit le témoignage dans son mandat. Dénoncer les effets de la violence politique est un corollaire indispensable aux soins. Elle a réfléchi, au fil de son expérience, au sens du témoignage et à la manière de témoigner, et tirant leçon de ses maladresses, elle s'est forgée une position claire.
Interpellée par des journalistes à la recherche de témoins, l'association n'a pas toujours su refuser ces rencontres. Les habitudes sont ancrées, pour les médias comme pour beaucoup d'associations: que demande-t-on au témoin ? de raconter, donc de replonger dans ce qu'il a vécu? Veut-on prouver que la torture est réelle? Déchirer le voile? Mais le survivant n'a-t-il pas droit à ce voile qui est celui de sa pudeur bafouée, dissimulant l'humiliation? Certains discours deviennent automatiques, désincarnés, figés ...
Autres questions importantes: comment peut-on dire qu'une personne est prête à témoigner? Quand? Et dans quelles conditions ? Si l'Association Primo Levi demandait à une personne qu'elle aide de témoigner, aurait-elle vraiment le choix ? Il peut y avoir un sentiment de  « dette» envers l'association de soutien, mais aussi un « devoir » de mémoire envers celles et ceux qui n'ont pas eu − comme elle − la chance de survivre.
Quel choix reste-il ? Certaines personnes ont été très sollicitées. Les thérapeutes du centre Primo Levi ont pu entendre les dilemmes et les difficultés des personnes pris dans le rôle du témoin: demander à une victime de témoigner, ce n'est pas forcément lui rendre service, cela peut être aussi l'enfermer dans son histoire, dans le statut de victime, et l'empêcher de recommencer à vivre une nouvelle histoire. Veut-on attester de la réalité de la torture ? L'existence même du centre de soins, dédiés aux personnes victimes de la torture, est déjà un témoignage. Les membres de l'équipe peuvent rendre compte de ces effets dévastateurs. Cependant, notre société n'a guère envie d'entendre ces choses-là, des « horreurs », ou bien se sentira accablée par tout cela et ne saura pas aller plus loin, se sentira impuissante. Pourquoi demande-t-on des témoins ? Pas pour ceux qui sont convaincus... Plutôt pour ceux qui n'ont pas envie d'y croire. Pour convaincre, la discussion devrait se situer au niveau politique.
De même, l'Association Primo Levi a réfléchi à l'utilisation de l'image dans sa communication, et a banni les photos de victimes et les images directement évocatrices des bourreaux à l'œuvre, l'anéantissement des victimes exhibées − ah, l'écho des photos d'Abu Ghraïb parmi les patients du centre de soins... Si ces photos ne donnent pas à celui que l'on voulait sensibiliser l'envie de fuir, elles peuvent devenir une source de fascination, et donner de « drôles de repères » aux personnes fragiles. D'ailleurs, qui prend ces photos? Les bourreaux eux-mêmes s'en servent pour humilier leurs victimes. Par leur banalisation, ces images contribuent à « normaliser » l'usage de la torture, à relativiser la gravité des faits. Une alternative se trouve dans le dessin, l'illustration. L'art n'a-t-il pas pour but de transmettre ce qui n'a pas de mots pour se dire à une personne qui a d'autres sensibilités ? Que ce soit par l'action de ses thérapeutes, par son expertise ou sa communication, l'association Primo Levi est guidée par un seul objectif: aider les personnes victimes de la torture et des violences politiques à sortir de ce statut de « victimes », réduire la fracture des traumas, ouvrir un « après », sortir des regards qui stigmatisent. Qui fait comme projet de vie d'être une victime ?

 

Mis à jour le Lundi, 21 Novembre 2011 17:46